ELROB 2026 : un outil pour mieux comprendre les systèmes robotiques - Entretien avec Dr Markus Höpflinger et Joseph Boucher
Du 15 au 19 juin 2026, armasuisse Science et technologies (S+T) accueillera l’European Land Robot Trial (ELROB). Dans cet entretien, les chefs de projet ELROB d’armasuisse S+T, le Dr Markus Höpflinger et Joseph Boucher, évoquent l’importance de l’ELROB pour la Suisse, la valeur ajoutée des échanges internationaux, ainsi que les opportunités en matière de recherche, de développement technologique et de coopérations futures.
Entretien mené par Leandra Kolb, État-major, Sciences et technologies

Markus, pourrais-tu nous expliquer brièvement ce qu'est exactement ELROB ?
Markus: Pour moi, ELROB est un outil qui permet de tester des véhicules terrestres sans pilote dans des conditions réalistes. Cela nous aide à mieux évaluer le degré de maturité de la technologie pour l'application concernée. Comme les brochures sur papier glacé et les vidéos mises en scène nous donnent souvent une perception déformée de ce qui est réellement possible, ELROB nous aide à mieux comprendre la situation réelle.
Selon vous, qu'est-ce qui rend ELROB particulièrement précieux pour armasuisse S+T en tant qu'hôte ?
Markus: Les échanges internationaux sont particulièrement précieux, tant avec les participants d'autres pays qu'avec nos propres militaires. Il est particulièrement intéressant de voir où en sont les autres nations en matière de robotique terrestre et de déterminer si nous avons encore des lacunes dans la recherche ou le développement technologique.
Joseph: Les échanges internationaux avec des partenaires étrangers renforcent également notre visibilité stratégique dans le domaine de la robotique de sécurité européenne. Parallèlement, cela nous permet d’observer l’état actuel de la technologie, d’identifier les tendances à un stade précoce et de les exploiter de manière ciblée pour nos propres développements.
Qu'est-ce qui vous motive à prendre la tête de l'ELROB de cette année ? Qu'espérez-vous de cette participation pour la Suisse ?
Markus: Nous considérons cet événement comme très passionnant, efficace et pertinent, c'est pourquoi nous ne manquons pas de motivation. J'espère qu'ELROB débouchera sur quelque chose de durable, par exemple une collaboration fructueuse dans le domaine de la recherche et du développement technologique.
Joseph: Grâce à ELROB, nous souhaitons acquérir de nouvelles connaissances sur la manière dont la robotique doit évoluer pour apporter une contribution durable à la sécurité. Parallèlement, cet événement doit fournir des indications sur la façon dont les forces de sécurité pourront s'adapter à l'avenir aux nouvelles technologies et aux nouveaux scénarios d'intervention.
Au cours de cette semaine, la recherche, l'industrie et les utilisateurs se rencontrent directement. Pourquoi cet échange direct est-il si déterminant pour le progrès technologique ?
Markus: Ce qui est déterminant, c'est d'obtenir des informations que l'on ne peut pas trouver dans les brochures ou sur les sites web des organisations participantes. Par exemple, des aperçus des protocoles de communication, des architectures logicielles ou des nouvelles approches en matière de navigation autonome. En même temps, il est également passionnant de voir dans quels domaines d’autres nations identifient un fort potentiel.
Joseph: La recherche appliquée nécessite un échange régulier avec les utilisateurs finaux afin que les systèmes puissent quitter le laboratoire et être transférés dans un environnement d’utilisation réel.
Depuis des années, la Suisse est régulièrement désignée comme le pays le plus innovant au monde. Elle est également surnommée la « Silicon Valley of Robotics ». Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour la recherche en robotique ? Où se situe le paysage universitaire suisse en matière de robotique par rapport à la scène internationale ?
Markus: Je pense que dans certains domaines à double usage, la Suisse occupe une position exceptionnelle sur la scène internationale, en particulier dans le domaine de la robotique. Nous avons une très forte densité de start-ups et sommes représentés de manière supérieure à la moyenne lors des grandes conférences internationales sur la robotique. Nous constatons également que de grands groupes multinationaux ont mis en place des cellules de recherche et développement à proximité des hautes écoles techniques. Cela plaide clairement en faveur de la Suisse en tant que pôle technologique.
Joseph: Le paysage universitaire est très bien positionné dans le domaine de la recherche en robotique. Les laboratoires suisses des universités et des hautes écoles spécialisées produisent en permanence des résultats de pointe au niveau mondial. Le véritable défi consiste à passer de la recherche fondamentale à l’application, à industrialiser les technologies et à garantir leur maturité en termes d’acquisition et de déploiement.
La situation géopolitique s'aggrave depuis des années. C'est pourquoi la coopération revêt une importance croissante, notamment en Europe.
Quelle est l'importance stratégique de la coopération transfrontalière pour le développement et l'expérimentation de nouvelles technologies de sécurité ?
Markus: À mes yeux, la coopération transfrontalière dans le domaine de la sécurité prend de plus en plus d’importance, qu’il s’agisse de la recherche commune, des achats, de la formation ou de l’entraînement. Je pense que nous devrions nous efforcer de mettre en place en Suisse quelque chose d’unique qui suscite l’intérêt à l’étranger et que nous puissions apporter à une coopération internationale.
Quel rôle joue ELROB dans le contexte de la coopération en matière de politique de sécurité ou de la souveraineté technologique dans la région DACH ?
Joseph: ELROB constitue une interface qui facilite les contacts entre les chercheurs, l'industrie et les armées dans la région DACH. Ces échanges permettent d'identifier les synergies entre la recherche et l'industrie et d'en tirer des enseignements précieux ainsi que des cas d'utilisation concrets.
Quel impact à long terme prévoyez-vous pour la coopération internationale et pour la recherche en matière de sécurité en Suisse ?
Markus: Il serait souhaitable de mettre en place une coopération internationale à long terme issue d'ELROB et créant une véritable situation gagnant-gagnant pour toutes les parties prenantes. Cela permettrait à la recherche suisse en matière de sécurité de se positionner également à l'étranger et d'apporter, à long terme, une contribution concrète à la sécurité de la Suisse.
Joseph: Nous sommes tous confrontés à des problèmes très similaires. La coopération internationale pourrait favoriser l'émergence d'une culture de résolution collective des problèmes, si l'on regardait plus souvent au-delà des frontières, si l'on partageait les infrastructures de test et si l'on diffusait systématiquement les enseignements tirés des interventions réelles.
Si l'on se penche sur l'édition de cette année : où voyez-vous les effets les plus durables de cet événement ?
Markus: Nous espérons en tirer des enseignements qui nous aideront à nous améliorer. Que ce soit en vue de la prochaine édition de l'ELROB en Suisse, de nouveaux partenariats ou d'indications utiles à l'orientation stratégique, par exemple dans le domaine de la recherche militaire. Parallèlement, nous espérons bien sûr pouvoir présenter la Suisse sous un jour positif à l'étranger, ce qui peut ouvrir des portes à long terme.
