« ELROB est certainement le noyau de la robotique terrestre militaire sans pilote en Europe » – Entretien avec Dr Frank Schneider
Les systèmes robotiques permettent de maintenir les équipes d'intervention à l'écart des zones dangereuses, de les soulager et d'ouvrir de nouvelles perspectives d'intervention. Pour que les innovations issues de la recherche et du développement puissent être mises en pratique, elles doivent être testées dans des conditions proches de la réalité. C'est précisément l'objectif d'ELROB. En juin 2026, armasuisse Science et technologies accueillera cet événement de quatre jours. Dans cette interview, le fondateur, le Dr Frank Schneider de l’Institut Fraunhofer FKIE en Allemagne, évoque la genèse, les priorités actuelles et l’avenir d’ELROB.
Entretien mené par Leandra Kolb, état-major, Sciences et technologies

En bref
ELROB a pour objectif de faire progresser le développement de véhicules terrestres sans pilote destinés à un usage militaire. À cette fin, ELROB rassemble des acteurs de la recherche, de l'industrie et des utilisateurs issus des secteurs de la défense et de la sécurité, et crée une plateforme européenne dédiée aux échanges, aux essais et au développement de la robotique. ELROB est l'événement le plus établi de ce type en Europe.
Cher Monsieur Dr Schneider, vous avez lancé ELROB en 2006. Quelle était la vision et la motivation initiales qui ont présidé à la création d'ELROB, et comment celles-ci ont-elles évolué au cours des dernières années ?
ELROB trouve son origine dans un groupe de travail de l'OTAN que j'ai fondé et qui se consacrait au développement des systèmes sans pilote. À l'époque, nous avions présenté les résultats à l’État-major de conduite de l’Armée allemande, en recommandant la mise en place d'une manifestation de démonstration correspondante. Ce fut le début de l'essai european land robot trial ELROB.
ELROB suit une approche itérative et évolutive. Grâce à un contact étroit avec les utilisateurs et à une observation constante du domaine concerné, les scénarios de l’ELROB sont continuellement adaptés aux exigences actuelles.
Comment ELROB a-t-il évolué au cours des 20 dernières années, tant sur le fond que sur le plan technologique ?
ELROB s'adapte en permanence aux exigences actuelles. Sur le plan technique, cela signifie que nous voyons désormais de plus en plus de véhicules disponibles sur le marché prendre le départ. En ce qui concerne les logiciels, nous sommes toutefois encore loin d'une solution complète. Dans les scénarios, l'accent n'est donc plus autant mis sur les essais des plateformes, mais plutôt sur les capacités autonomes ou automatiques des systèmes.
Les systèmes testés dans le cadre d'ELROB ont-ils déjà été acquis par des autorités civiles ou militaires ?
Le nombre de fabricants de systèmes terrestres sans pilote est certes limité à l'échelle mondiale, mais nous n'avons bien sûr pas toujours connaissance, dans le détail, des systèmes qui ont été acquis dans d'autres pays. D'une manière générale, on constate que la grande majorité des armées n'ont pas encore largement adopté les systèmes terrestres sans pilote. Cela devrait toutefois changer en raison des développements actuels.
D'un point de vue technologique, où voyez-vous la valeur ajoutée concrète de la coopération transfrontalière ?
Du point de vue de la recherche et de la technologie, la coopération est toujours un atout. Ce n'est qu'en tenant compte de l'ensemble des besoins des utilisateurs qu'il est possible de mettre en place un système qui connaîtra le succès, y compris dans le cadre d'opérations multinationales telles que celles menées par l'OTAN, l'ONU ou l'UE.
Du 15 au 19 juin 2026, la recherche, l'industrie et les utilisateurs se rencontreront en face à face. Pourquoi cet échange direct est-il, selon vous, déterminant pour le progrès technologique ?
La recherche et la technologie se nourrissent d’échanges. ELROB n’est pas seulement un simple salon professionnel, mais aussi un événement où chercheurs, développeurs, industriels et utilisateurs se rencontrent pour un dialogue intensif. C'est ici que les développements sont présentés dès leur phase initiale, que des contrats de travail sont conclus, que des mandats de développement sont convenus et que de nouvelles orientations en matière de recherche et de technologie sont lancées. ELROB est sans aucun doute le centre névralgique de la robotique terrestre militaire sans pilote en Europe.

ELROB se déroule tour à tour en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Quels sont les atouts de la Suisse en tant que pays hôte que l'Allemagne ou l'Autriche offrent moins ?
La Suisse dispose d'un large éventail de compétences en matière de recherche et de technologie dans le domaine des systèmes sans pilote et constitue ainsi un partenaire performant au sein du réseau trinational DACH.
Quel scénario des dernières années vous a particulièrement marqué ?
En effet, l'accent mis sur les différents scénarios évolue. Alors que ces dernières années, l'application « Transport/Convoy » a fait l'objet d'une grande attention, l'accent s'est ensuite porté sur la détection des menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRNE). Cette année, c'est le scénario « Maulesel », ou MULE, qui est à l'honneur.
Si vous vous projetez dans l'avenir : quel rôle ELROB jouera-t-elle dans cinq ou dix ans ?
ELROB est en constante évolution grâce à son adaptation continue aux exigences actuelles des utilisateurs. Parallèlement, les développements actuels ouvrent des perspectives et posent des défis totalement nouveaux. Comme toujours, ELROB saura les relever et s'adapter en conséquence pour tenir compte de ces réalités.
En ce qui concerne l'édition de cette année : où voyez-vous les effets les plus durables de cet événement ?
Outre la présentation de l'état actuel des connaissances, l'un des principaux effets réside dans le rapprochement entre les acteurs universitaires, les PME, l'industrie et les utilisateurs finaux. Ce cadre unique garantit un échange direct, intense et sans filtre entre toutes les parties prenantes.
Pour finir : qu'attendez-vous avec le plus d'impatience, personnellement, lors de l'édition de cette année à Thoune, même en dehors du programme officiel ?
Le Panorama.
