Espaces d’innovation DDPS : de la théorie à la pratique
Peu de temps après que la cheffe du département, Viola Amherd, a ordonné les espaces d’innovation DDPS, plusieurs projets pilotes ont déjà été réalisés. De premiers succès ont ainsi été obtenus, selon les objectifs définis des espaces d’innovation DDPS. Dans cet article, nous aimerions t’aider à mieux comprendre les différents projets et le chemin qu’ils ont parcouru jusqu’à présent.
Anela Ziko, domaine spécialisé Innovation et processus, domaine de compétences Science et technologies

Le choix de l’espace d’innovation approprié repose sur différents critères. Il dépend du problème à résoudre, du degré de maturité des solutions disponibles et de la solution envisagée. Le service demandeur joue un rôle central et est impliqué du début à la fin dans l’ensemble du processus, y compris dans l’exploitation et la diffusion des résultats. Cette approche doit garantir la bonne compréhension de la problématique, le développement d’une solution adaptée au besoin et l’intégration durable des connaissances acquises dans l’organisation du service demandeur.
Dans les deux derniers articles de la série Insights sur le thème « Innovation », nous nous sommes familiarisés avec la genèse des espaces d’innovation DDPS et leur mise en œuvre. Les espaces d’innovation ne sont pas des espaces physiques, mais des procédés permettant de trouver des solutions à des défis identifiés du DDPS. L’espace d’innovation utilisé est choisi en fonction de la mesure dans laquelle une solution est connue pour couvrir un besoin et dans laquelle la couverture de ce besoin est confirmée. En raison du degré de maturité très variable des solutions et des incertitudes qui en découlent, une valorisation efficace peut aussi prendre des formes diverses. Cela peut impliquer d’une part qu’une solution identifiée via un espace d’innovation peut résulter en une acquisition, mais d’autre part aussi que les technologies et solutions actuelles ne permettent pas encore de couvrir le besoin. Dans ce cas, il est essentiel de diffuser ces connaissances et poursuivre par exemple les développements technologiques manquants ou lancer un projet de recherche spécifique. Un aspect important du succès réside dans le fait que les connaissances acquises sont constamment intégrées dans la suite du développement, que cela soit sous la forme d’une acquisition, de la poursuite de l’observation des évolutions technologiques sur le marché (mondial) ou encore de l’adaptation des bases de planification.
La synchronisation dans le réseau de conduite
Du fait de l’augmentation du nombre de capteurs répartis et de leur interconnexion, la disponibilité d’une base de temps fiable et précise gagne en importance. Mais que veut dire « précis » dans ce contexte ? Alors que, dans la vie de tous les jours, un petit écart de temps peut passer inaperçu, il peut représenter une éternité dans les systèmes de capteurs complexes. Pour que la synchronisation se fasse le plus précisément possible, armasuisse Science et technologie S+T a testé une solution : elle s’appelle White Rabbit. Elle doit permettre une synchronisation indépendante plus précise et plus robuste que celle assurée par d’autres méthodes. Aujourd’hui, on se base dans bien des cas sur les signaux horaires émis par des systèmes de navigation par satellites tels que le Global Positioning System GPS. Ces systèmes déterminent l’heure en même temps que le lieu. De ce fait, un récepteur GPS indique toujours à quelques milliardièmes de seconde près une heure précise qu’il peut mettre à disposition d'autres systèmes. Mais nul n’ignore que ces systèmes sont très sensibles aux perturbations radioélectriques et qu’ils dépendent fortement des exploitants de ces systèmes de navigation par satellites.
armasuisse S+T a réalisé les premiers tests avec la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg. Dans un montage en laboratoire, une topologie de réseau telle qu’on en trouve typiquement en Suisse, avec plusieurs nœuds, a été élaborée. Il a ainsi été possible de remplacer les composants un à un et de tester leur impact sur la précision. Après cette étude, une coopération a été développée avec des chercheuses et chercheurs de l’Institut fédéral de métrologie METAS et avec Switch, l’exploitant du réseau des hautes écoles. Ils ont travaillé ensemble sur une structure expérimentale au sein du réseau Switch. Les connaissances ainsi acquises doivent maintenant être exploitées pour l’implémentation de White Rabbit dans le réseau de conduite Suisse, pour que les systèmes de capteurs de l’armée puissent faire appel à une base de temps fiable et indépendante. Comme il a en l’occurrence été possible de se baser sur une solution existante et qu’il s’agissait de vérifier l’aptitude, il était question dans ce cas de l’espace d’innovation « Test run ».
Analyse acoustique des plaques de protection balistique
Les plaques de protection balistique représentent un élément important de la protection des personnes dans l’Armée suisse. Pour les catégories de protection supérieures, il s’agit de plaques en céramique qui peuvent subir des pertes au niveau de leur véritable effet protecteur en raison d’influences extérieures par exemple liées à leur manipulation, en plus des impacts balistiques effectifs. Le fait de les laisser tomber suffit déjà à provoquer des fissures qui, même si le défaut n’est pas visible à l’œil nu, réduisent néanmoins considérablement la protection balistique. Pour garantir la protection des membres de l’armée, il est important de disposer d’une procédure de test qui permet d’évaluer de façon fiable et rapide l’état des plaques de protection.
L’état des plaques de protection en céramique est en général déterminé au moyen de radiographies : les dommages au niveau de la plaque comme les fissures apparaissent par contraste sur le cliché, alors que si on les inspecte à l’œil nu, ils restent bien souvent invisibles. Mais selon son orientation, son emplacement et sa taille, une fissure sur la radiographie est difficile à détecter. Pour ces raisons, une méthode d’inspection alternative s’impose. Sur la base d’un projet réalisé dans le cadre des activités de recherche, une technique inédite a été développée au sein d’armasuisse S+T pour vérifier la qualité des plaques de protection. En collaboration avec la Haute École Arc Ingénierie du Locle, armasuisse S+T a étudié un procédé acoustique visant à simplifier et à rendre plus rapide le processus de vérification des plaques de protection en céramique. Le principe consiste à faire vibrer la plaque. Il y a une relation entre les vibrations induites et les forces internes de la plaque. Les défauts comme les fissures les modifient, ce qui peut être détecté de façon sonore. L’analyse des signaux acoustiques permet ainsi d’identifier rapidement les plaques de protection défectueuses, car la plupart du temps, ces défauts modifient la signature acoustique d’une plaque de protection. Cependant, la sensibilité de la méthode doit encore être étudiée de façon plus approfondie. Après le développement d’un démonstrateur dans le cadre d'un mandat de recherche, il s’est agi d’analyser l’aptitude dans l’environnement opérationnel du service demandeur. Dans ce contexte, d’autres démonstrateurs ont été achetés puis confiés à la BLA pour qu’elle procède à des essais dans le cadre d’un test run.
Sur la base des connaissance acquises et des résultats obtenus, la valorisation a été lancée sous la forme d’un projet d’acquisition. Il s’agit du premier projet d’innovation à avoir fait l’objet d’un transfert dans la pratique avec une acquisition.
Se développer sur la base des compétences externes: sandbox sur les numéros de série
Le Centre logistique de l’armée de Thoune (CLA-H) est responsable de l’entreposage des armes personnelles pour l’ensemble de la Suisse. Avant qu’une arme soit entreposée, ses trois numéros de série doivent être contrôlés et saisis manuellement. Cette tâche est très monotone et fatigante. La BLA a contacté armasuisse S+T et lui a décrit son besoin : automatiser la lecture, la saisie et le contrôle humains des numéros de série sur les armes. Vu que la saisie efficace et automatisée de numéros en tous genres est une composante importante de l’optimisation des processus dans tous les secteurs d’activité industriels, la problématique fait figure d’innovation de transfert. L’objectif de la sandbox est ainsi de tester des pistes de solutions existantes, ouvertes à la technologie, et qui se sont déjà établies dans d’autres secteurs industriels. Dans ce cas, il n’y a aucun produit en ligne de mire, mais des technologies et des ébauches de solution en cours d’utilisation. La difficulté réside dans le fait que les numéros de série sont gravés dans le métal et qu’ils présentent des degrés d’usure et une teneur en graisse variables. Une solution adéquate doit donc être trouvée dans le cadre d’une sandbox pour répondre au besoin. Les prestataires devant apporter la solution, autrement dit les acteurs de l’industrie, seront invités à participer au moyen d’un appel d’offres public publié sur simap. La sélection des soumissionnaires interviendra au moyen des critères d’évaluation prédéfinis qui figurent dans les documents d’appel d’offres. Pendant la sandbox, les solutions seront ensuite examinées et évaluées dans l’environnement réel par le biais de tests d’aptitude représentatifs. Il s’agira d’analyser des technologies plutôt que des produits, ainsi que d’identifier des pistes de solution. Une fois la sandbox terminée, un rapport d’observation sera mis à la disposition des participantes et participants, puis les conclusions commenceront à être valorisées en interne.
Ces exemples récents montrent comment les espaces d’innovation peuvent être exploités pour trouver des solutions. Ils illustrent que le « succès » peut avoir de nombreuses significations : d’une acquisition de connaissances à la mise en application de la solution obtenue par le biais d’une acquisition.
Comment armasuisse S+T développe-t-il son réseau à l’international dans le domaine de l’innovation, et à quel niveau se situent les défis, mais aussi les opportunités pour la place technologique suisse ? Nous t’en dirons plus à ce sujet dans le prochain article.
