Zum Hauptinhalt springen

RedeVeröffentlicht am 1. August 2025

«Die Schweiz braucht etwas mehr Freiburg»

Freiburg, 01.08.2025 — Ansprache von Bundesrat Martin Pfister, Chef des Eidgenössischen Departements für Verteidigung, Bevölkerungsschutz und Sport (VBS), anlässlich der 1. August-Feier, Freiburg, 1. August 2025.

Es gilt das gesprochene Wort

Monsieur le Président du Conseil d’État (Jean-Francois Steiert),
Monsieur le Syndic (Thierry Steiert),
Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil communal,
Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil général,
Madame la Rectrice de l’Université de Fribourg (Katharina Fromm),
Chères habitantes et habitants de la ville de Fribourg et de ses environs,

On serait parfois tenté de souhaiter que le reste de la Suisse ressemble un peu plus à Fribourg

Je vous remercie de m’avoir invité. Participer à notre Fête nationale aujourd’hui à Fribourg n’a pour moi rien d’une obligation : c’est un retour aux sources.

Je connais bien Fribourg. J’y ai vécu, étudié et travaillé pendant douze ans. Et si ma vie avait été légèrement différente, je serais probablement resté ici, car je m’y suis toujours beaucoup plu. Depuis cette époque, je sais qu’il ne faut pas s’y tromper : Fribourg a peut-être l’apparence d’un vieux bourg médiéval, mais cette ville est en réalité un microcosme ouvert sur le monde, et parfois un peu rebelle.

On peut y voir défiler le Carnaval des Bolzes, mais aussi une étonnante palette de personnalités aussi diverses que hautes en couleur. La ville a en effet vu naître des artistes tels que Jean Tinguely ou l’Abbé Bovet. Des pédagogues de renom comme le Père Girard. Des artisans bouchers ou des aubergistes mythiques comme le Boucher Corpaato ou Marie-Rose Holenstein du Café du Gothard.

Sans oublier de nombreux journalistes cosmopolites, des professeurs rêveurs, des conseillers fédéraux influents et d’autres personnes tout aussi intéressantes, si bien qu’on serait parfois tenté de souhaiter que le reste de la Suisse ressemble un peu plus à Fribourg.

Pendant la période durant laquelle j’ai résidé ici, je ne suis malheureusement devenu ni artiste ni pilote automobile – même si, sur la fin, j’ai habité à la Route-Neuve, où Jo Siffert avait fait, en son temps, son apprentissage de mécanicien d’automobile.

Doch ich schloss die Stadt Freiburg in mein Herz und lernte zudem wenigstens so viel Französisch, dass es zur Wahl in den Bundesrat reichte. In dem Sinn habe ich Ihnen, liebe Freiburgerinnen und Freiburger, viel zu verdanken.

Es ist für mich deshalb eine grosse Ehre, dass Sie mich heute als Redner eingeladen haben. Ich freue mich sehr, meinen ersten Nationalfeiertag als Bundesrat hier mit Ihnen verbringen zu dürfen.

Dabei möchte ich nicht nur meine persönlichen Erinnerungen an Freiburg mit Ihnen teilen, sondern auch ein paar Gedanken, die mir als Mitglied der Landesregierung besonders am Herzen liegen:

  • Was uns in der Schweiz verbindet – gerade in herausfordernden Zeiten.
  • Warum wir den Wert unserer Sicherheit nicht als gegeben hinnehmen dürfen.
  • Und was wir alle gemeinsam dazu beitragen können, damit unser Land auch in Zukunft ein Ort des Vertrauens, der Freiheit und des Miteinanders bleibt.

Wir leben gerade in angespannten Zeiten

Der 1. August ist ein Feiertag, aber ebenso ein Tag der Besinnung und Dankbarkeit. Besonders in Zeiten, in denen liebgewonnene Selbstverständlichkeiten von Frieden, Freiheit und Sicherheit zunehmend erodieren. Wir beobachten:

  • wie vertraute Gewissheiten verblassen
  • wie Fakten alternativ werden
  • und die Polarisierung zunimmt.

Le Röstigraben n’existe pas

Les troubles partout présents sur notre planète ont longtemps épargné notre pays : depuis des générations, aucune guerre n’a eu lieu sur notre territoire. Notre espérance de vie ne cesse d’augmenter. Et la Suisse occupe toujours une place stable au classement des pays les plus heureux du monde.

Nos fondements politiques sont stables, eux aussi. Bien sûr, la Suisse est une structure complexe, multilingue et singulière. Et oui, dans notre petit pays aussi, les éléments qui s’opposent génèrent des tensions. Mais en Suisse, les intérêts communs ou les lignes conflictuelles ne suivent en principe pas les frontières linguistiques, cantonales ou religieuses.

Même le fameux « Röstigraben », que l’on évoque souvent, s’avère, aujourd’hui en particulier, être un cliché : sinon, la ville de Fribourg n’aurait pas invité pour la Fête nationale un conseiller fédéral suisse alémanique – dont le niveau de français s’est un peu étiolé depuis ses études et son service militaire en Suisse romande.

Ce qui fait la cohésion de notre pays

Le paysage politique de la Suisse ne s’est pas développé tout seul. Nos ancêtres l’ont façonné par étapes, trop souvent au prix d’âpres luttes. Les forces qui unissent notre pays sont restées stables jusqu’à ce jour.

Ce sont :

  • des institutions fiables qui gardent à l’œil le travail de celles et ceux à qui nous avons temporairement confié le pouvoir ;
  • des politiciennes et des politiciens qui sont à l’écoute de la population et prennent ses préoccupations au sérieux ;

C’est aussi :

  • une société qui s’efforce de produire de la prospérité sans oublier les plus faibles;
  • une culture politique dans laquelle le compromis n’est pas un vilain mot, mais une solution acceptable pour tout le monde.

Mais l’unité de la Suisse se construit surtout grâce aux personnes qui font bien davantage que leur devoir :

  • des politiciennes et des politiciens de milice actifs dans plus de 2000 communes de notre pays ;
  • des citoyennes et des citoyens qui s’engagent en faveur de clubs sportifs, auprès des sapeurs-pompiers ou d’associations de quartier, au sein de l’armée et de la protection civile ;
  • des proches aidants et des bénévoles qui accompagnent et soutiennent les malades, les personnes âgées et les personnes dans le besoin.

Ces personnes méritent toute notre gratitude. Bénévoles, volontaires, engagées, elles contribuent aussi à faire fonctionner notre pays.

Demokratie sei kein politisches Versandhaus, das die Erwartungen und Wünsche der Kundschaft möglichst umfassend zu befriedigen habe, sagte einst der deutsche Bundespräsident Gauck in seiner Rede zum Ende seiner Amtszeit. Ich finde, er hatte Recht.

Das gilt ganz besonders für eine direkte Demokratie wie die Schweiz. Sie lebt von kritischen Bürgerinnen und Bürgern, welche die Zukunft ihres Landes selbst bestimmen, aktiv mitgestalten und dies nicht einem vermeintlich starken Mann oder Frau überlassen.

Dass die Mehrheit der Leute in diesem Land die Schweiz nicht als Dienstleister, sondern als Gemeinwesen verstehen, durften wir Ende Mai in Blatten erleben. Nach dem katastrophalen Bergsturz, der ein ganzes Dorf begraben hat, waren nicht nur die Schweizer Armee und der Zivilschutz im Einsatz, sondern ebenso unzählige Freiwillige. Die Anteilnahme der Schweizer Bevölkerung am Schicksal der Menschen im Lötschental ist bis heute eindrücklich.

Wir leben nicht mehr in der besten aller möglichen Welten

Auf diesen Zusammenhalt und die Geschichte unseres Bundesstaates dürfen wir durchaus stolz sein. Trotzdem reicht es nicht mehr, diesen Tag mit landesüblicher Würde und heimatlicher Selbstgenügsamkeit zu begehen. Wir können nicht so tun, als wäre alles gut.

La Suisse n’est pas une île coupée du monde. Ce monde qui nous entoure, nous en faisons partie et il est devenu non seulement fragile, mais aussi perméable. Tout y circule : les marchandises, l’argent, les informations. Les interconnexions sont aujourd’hui si nombreuses que le moindre événement survenu à l’autre bout de la planète a des répercussions partout. L’Europe et la Suisse ne sont plus un havre de paix où l’on peut tranquillement faire croître et répartir la prospérité.

Les conséquences du changement climatique, des pandémies, des guerres au Proche-Orient, en Ukraine ou au Soudan ne s’arrêtent pas à nos frontières. Il est désormais clair que la fin de la guerre froide n’a pas marqué la fin de l’histoire, juste une courte pause.

L’idée selon laquelle on vivrait « dans le meilleur des mondes possibles », s’avère aujourd’hui, hélas, une dangereuse illusion.

Il n’y a pas de chars de combat à nos frontières, sur les rives du lac de Constance. Et c’est peu probable que cela arrive prochainement. Mais le monde est devenu plus incertain. Et c’est une réalité qui ne changera pas de sitôt.

Bien au contraire. La situation actuelle en Europe rappelle de manière inquiétante les années 1930. De profondes crises économiques, sociales et politiques ont aussi marqué cette période. À la suite de la Grande Dépression, de nombreuses personnes ont perdu confiance dans les institutions et les partis traditionnels. Cette situation a ouvert la voie aux mouvements autoritaires, au populisme nationaliste et à une radicalisation du débat politique.

Nous observons aujourd’hui des évolutions similaires : les partis bien établis s’affaiblissent dans de nombreux pays tandis que des partis contestataires gagnent du terrain. Et la tendance à remettre en question les valeurs démocratiques a de nouveau le vent en poupe. Sans parler de la méfiance vis-à-vis des médias et de la science.

À l’époque, une évolution semblable a conduit à la dictature dans de nombreux pays, puis à la guerre.

La Suisse n’est pas une île coupée du monde

Tirons des leçons du passé. Et réalisons, tout d’abord, que l’avenir n’est pas simplement un prolongement du passé. Même si je viens d’évoquer des parallèles avec les années 1930, une différence décisive demeure : aujourd’hui, l’Europe est composée de solides démocraties.

Beaucoup dans la société sont conscients des dangers que représente l’autoritarisme.

Faisons donc en sorte que l’histoire serve d’avertissement – et ne la considérons pas comme une fatalité. Cependant, la conscience politique n’est pas figée ou immuable, elle non plus. Elle est malléable, et constamment mise sous pression. Nous vivons une époque dans laquelle nous peinons parfois à distinguer la réalité de la téléréalité. Il n’est pas toujours facile d’échapper au flot de banalités et de prétendues vérités qui submergent les réseaux sociaux.

Pour autant, la politique n’est ni un cirque ni une tribune pour les gros titres racoleurs. Pour reprendre une idée du sociologue Max Weber, la politique est un métier responsable : un artisanat qui demande de la persévérance, de la patience, du sérieux et de l’engagement pour le bien commun.

Dans une démocratie, le métier politique repose sur des faits avérés : les citoyennes et citoyens prennent des décisions en se fondant sur des faits, même lorsqu’ils ne sont pas toujours agréables. Car se préoccuper de la vérité dans une démocratie n’est pas une exigence déraisonnable, mais une question de respect.

Wir müssen uns mit den neuen Bedrohungen auseinandersetzen

Dazu gehört der ungeschönte Blick in die Welt: Nach Jahrzehnten einer vermeintlich sicheren Weltordnung, müssen wir uns plötzlich wieder mit den schlimmsten Szenarien auseinandersetzen. Insbesondere durch Russlands Angriffskrieg auf die Ukraine, hat diese Aufgabe eine neue Dringlichkeit erfahren. Als Vorsteher des VBS ist es meine Pflicht, mich für die Sicherheit der Schweizer Bevölkerung einzusetzen.

Dazu gehören etwa der Schutz unseres Landes durch eine verteidigungsfähige Armee sowie die Abwehr von Cyberangriffen auf kritische Infrastrukturen.

Als Land im Herzen Europas sind wir zudem auf gute Beziehungen mit unseren Nachbarn angewiesen. Die Wahrung unserer Freiheit gelingt nur im Miteinander, nicht im Alleingang.

Wer die Verteidigungsfähigkeit der Schweiz stärken will, muss deshalb auch die internationale Zusammenarbeit stärken.

En première ligne, ce sont nos valeurs que nous défendons

Il ne s’agit pas seulement de défendre notre territoire, mais aussi nos valeurs : la liberté, la démocratie, l’État de droit.

Ce sont là des acquis qui façonnent notre vie commune. Et c’est non sans fierté que nous pouvons les évoquer aujourd’hui, en ce 1er Août.

Mais pour défendre ces valeurs, les biens d’armement ne suffiront pas.

Dans les années 1930, le Conseil fédéral de l’époque avait imaginé la notion de « défense spirituelle ». La Suisse dénonçait ainsi le racisme, le nationalisme ethnique et la dictature, et leur opposait ses propres valeurs fondamentales.

Plus tard, par crainte d’une infiltration communiste, cette idée s’est toutefois transformée en une sorte d’isolationnisme intellectuel, un état d’esprit de la guerre froide que je ne souhaite certainement pas voir revenir.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’autre chose : pas de protectionnisme ou de repli – mais d’une force intérieure. Ce que je nous souhaite en ces temps difficiles, c’est une sorte de résistance intellectuelle. Adoptons une résilience mentale, une attitude propre à la démocratie directe, et donc propre à la Suisse :

  • face aux politiques qui attisent la haine,
  • face aux débats stériles sur la Toile et les réseaux sociaux,
  • et face à l’étroitesse d’esprit.

Ou autrement dit :

un peu plus de l’esprit de Fribourg.

Cela nécessite des efforts.

De ma part.
De la vôtre.
De nous tous.

Merci de votre attention.